"La médiocrité, la noirceur, la haine, l'horreur sanglante de la vie, le monde de bruit et de fureur hantent des canailles ; Jim Thompson les éclaire parfois dans ses romans par une truculence savoureuse. Otez la truculence et qu'est-ce qu'il reste ? "Les Arnaqueurs". C'est-à-dire le noir dans sa noirceur sans éclat, un malfrat bas de gamme qui manque périr d'un ulcère à l'estomac, sa mère, mante religieuse sans religion, à la fois victime et complice de gangsters aux grandes tortures et à la petite semaine, et sa maîtresse, une dévoreuse qui sent venir la vieillesse, et n'est même pas fichue d'assassiner proprement. On l'a compris, "Les Arnaqueurs" est, à sa façon un chef-d'œuvre de désespérance."
Frederic Vitoux, Le Nouvel Observateur
Les arnaqueurs : Quatrième de couverture
James Myers Thompson est né le 27 septembre 1906 dans l'Oklahoma, d'une mère institutrice et d'un père shérif qui partira faire fortune et faillite au Texas et au Mexique.
Atteint de tuberculose pulmonaire, il fume, boit et accumule les dépressions nerveuses. Il part bosser au Texas avec son père et écume tous les emplois qui tournent autour du pétrole (il en retire deux recueils de nouvelles Instantanés sur un Champ de Pétrole et Les Voleurs de Pétrole), devient projectionniste (plus tard il décrira l'univers d'un cinéma dans Cent Mètres de Silence), veilleur de nuit aux pompes funèbres, directeur de publication de l' Oklahoma Writer's Project, puis manœuvre chez Ryan Aeronautical. C'est à ce moment qu'il écrit son premier roman directement inspiré de ses expériences : Ici et Maintenant sorte d'autobiographie romancée qui sort en 1942. Il y traite entre autres de la mort de son père qu'il dépeint comme un suicide. Thompson meurt dans l'indifférence le 7 avril 1957.
C'est annoncé en 4ième de couverture : "s'achève dans un paroxysme d'horreur". C'est vrai, même si la scène finale n'est pas "claire claire". On est là, bien installé dans un milieu plutôt dur, mais avec ses bons côtés : l'argent (encore que les personnages en gagnent beaucoup mais ne le dépensent pas), le plaisir du risque, ... Pas rose, mais disons du gris avec des paillettes. Attention à la chute : elle est noire noire.
Je m'appelle Nick Corey. Je suis le sherif d'un patelin habité par des soûlauds, des fornicateurs, des incestueux, des feignasses et des salopiaux de tout acabit. Mon épouse me hait, ma maîtresse m'épuise et la seule femme que j'aime me snobe. Enfin, j'ai une vague idée que tous les coups de pied qui se distribuent dans ce bas monde, c'est mon postère qui les reçoit. Eh bien, les gars, ça va cesser. Je ne sais pas comment, mais cet enfer va cesser.
1275 âmes : Quatrième de couverture
Alors ça, c'est de l'exceptionnel. Les pérégrinations d'un sherif minable dans un bled perdu des Etats-Unis des années 20. Minable... au début. Parce que très progressivement, le sherif va démontrer que sa "stratégie professionnelle", qui consiste à ne strictement rien faire, est terriblement efficace. C'est noir, drôle et grinçant. Une "bouffonnerie", dit la préface. Oui, mais du grand art.