"Après Ping-Pong, les deux duettistes du noir se sont lancé un nouveau défi : s'intercaler dans le texte de l'autre, le poursuivre, le cannibaliser, le détourner, le colorer, bref, créer un beau méli-mélo, remue-ménage, ramdam stylistique, pour le plus grand plaisir du lecteur. Nul ne sera donc surpris de trouver dans cette malle aux trésors des chiens, des chats et des renards, mais aussi des tueurs en série et des bonnes soeurs, des adolescentes nudistes et... Miles Davis.
Tohu-Bohu est un terrain de jeu pour deux auteurs à l'imagination fertile qui, dans une veine toujours noire et grinçante, nous offrent un éventail de personnages et de situations tragiques, violents, ironiques, burlesques ou poétiques, à l'image de notre monde en perpétuel mouvement.

La nouvelle est un art difficile. Un exercice périlleux. Surtout quand on complique les choses en s'y collant à deux, et en choisissant des narrateurs... disons insolites. Un frigo, par exemple. Tohu-Bohu contient des petites merveilles. Autant dire que les deux compères n'ont pas dû s'ennuyer : l'humour est servi à toutes les pages, et à toutes les sauces. Parmi les douze paires de nouvelles, quelques-unes valent à elles seules le détour : les Funérailles, revues en Ligne dure, ou comment le corbeau (en fait, une corneille) et le renard voient le monstre humain ; L'Etrangeais puis l'Honneur régional, où l'on apprend enfin où se trouvent Pétaouchnoc et Triffouillis les oies ; Moi, le frigo et Hitchcock syndrome, avec une utilisation singulière de l'électroménager dans une affaire de meurtre ; enfin La couverture et best-seller, où l'on découvre deux visions "canines" du monde de l'édition.
A conseiller aux ramollis du zygomatique en mal d'exercice. Excellent.
Titulaire d'un DEA en histoire de l'art (cinéma), Jean-Bernard Pouy a été successivement animateur socio-culturel dans un lycée, professeur de dessin, concepteur graphique, journaliste, puis romancier, lecteur et scénariste. Avec son deuxième titre, 'Nous avons brûlé une sainte' en 1968, il fait son entrée à la 'Série noire' qu'il ne quittera plus. Il a déjà publié dix romans. Défenseur acharné du roman populaire, en 1995 il est à l'origine de la création de la série consacrée à l'enquêteur libertaire Gabriel Lecouvreur. L'ironie, souvent omniprésente dans ses livres, est à la base même de ses récits. En 2006, il se lance dans la direction de collection en lançant Suite Noire, aux éditions La Branche (encore un jeu de mots.. .), qui se veut l'héritier de la prestigieuse Série noire de Gallimard.



Moi, Julius, Commandeur du groupe crash le plus honni par le peuple saumâtre des hégéliens, n'ai que des ennemis. Et mon pire ennemi, je lui souhaite la pire des choses. Moral car prévisible. Quand il sera au bout de mon P. 38, j'appuierai sur la détente. Mes bottes de lézard mauve vont tremper dans du sang esthétique. Normal car spinoziste.
J'avoue ne pas avoir tout compris. Un fond de mai soixante-huit, puis ça part dans des tueries (je n'ai pas compté les cadavres, mais ça ne manque pas) dans une ambiance Mad Max à la française. C'est bien noir, mais pas polar. L'écriture est excellente : dialogues réalistes, en quelques phrases ou même une seule, Pouy sait planter un décor.
Au coeur de la nuit, un wagon se détache d'un train-couchettes et s'arrête soudain. D'abord persuadés qu'il s'agit d'une panne, les occupants découvrent qu'ils sont perdus au milieu de nulle part. Abandonnés, oubliés par les secours, certains partent en éclaireurs et disparaissent. Leurs cadavres sont retrouvés, dans une ville déserte et en ruine. La terreur s'empare alors des survivants...
Train perdu wagon mort : Quatrième de couverture
Huis clos dans un wagon qui se retrouve détaché du train, en pleine nuit et en rase campagne, dans un pays de l'est. 18 personnes coupées du monde : plus de portables, plus de radio, plus rien. Si : des mystérieux avions de chasse qui rôdent. Belle description des comportements humains dans une telle situation. Très vite, un des membres du groupe s'impose comme chef. Il organise tout : regroupement des vivres, rationnement, réunions, etc. Certains se décident à partir à pied, les autres restent. Très vite aussi, les morts vont se succéder. Jusqu'à la fin.
Un récit court, très bien écrit, pas polar mais noir. La fin est brutale, dans les 2 sens du terme. Elle laisse, seule petite fausse note à mon avis, un arrière-goût de "j'aurais voulu en savoir plus".
Si Pierre de Gondol est le plus petit libraire de Paris, sa connaissance de la littérature tous azimut est considérable. C'est ainsi qu'un matin, l'un de ses clients, dérouté par la lecture d'un célèbre roman de Jim Thompson, vient lui demander où sont passées les cinq personnes oubliées dans la traduction de ce texte qui, en anglais, se nomme Pop 1280 et, en français, 1275 âmes. Pierre va alors se transformer en détective littéraire, pour retrouver dans d'autres livres, mais aussi en effectuant le voyage jusqu'au Etats-Unis, la trace de ces étranges disparus. Une enquête littéraire haute en couleurs, qui revisite les grands textes tout en posant sur l'Amérique un regard débarrassé de bien des clichés.
1280 âmes : Quatrième de couverture
Évidemment, il vaut mieux avoir lu le 1275 âmes de Jim Thompson avant. Ça n' enlève rien à la qualité de ce livre, mais la question des 5 âmes manquantes, ou excédentaires, est totalement sans intérêt, sauf celui de mettre en scène un personnage de libraire comme j' aimerais en connaître. Et de faire une excursion aux US qu'on ne trouvera pas à l'agence de voyages du coin. Très bonne lecture.