
C'est à l'âge de onze ans, au cours d'une expérience traumatisante liée à des émeutes dans son quartier, que naît chez Didier Daeninckx la nécessité d'écrire. Il connaît une scolarité difficile à Aubervilliers, avant de trouver par hasard un poste d'imprimeur, dont il ne supporte pas longtemps le caractère répétitif. Il exerce ensuite le métier d'animateur culturel, avant de devenir journaliste localier. Quand il se retrouve au chômage, il décide d'assouvir son désir et se lance avec frénésie dans l'écriture ; il publie 'Mort au premier tour' (1982), et débute ainsi sa carrière dans le roman noir, dont il deviendra l'un des porte-paroles. Il lui faudra attendre deux ans et la parution de 'Meurtres pour mémoire' pour connaître la notoriété. Romans, nouvelles, essais, BD, scénarios pour la télévision, la radio, le cinéma, le théâtre... Didier Daeninckx touche à tout ce qui se présente avec succès. Auteur d'une quarantaine d'ouvrages, ses récits s'inscrivent dans une dimension culturelle et sociale, et l'on y décèle son engagement politique, puisqu'il n'hésite pas à aborder des sujets délicats (FLN, révisionnisme,.. .), suscitant la polémique. Il puise son inspiration dans la vie quotidienne, mais aussi dans son histoire personnelle, avec un engouement frôlant parfois l'excès, ce qui lui a valu de nombreuses critiques mais ne saurait remettre en cause son talent.
Mai 1944 : le jeune Jean Ricouart entre dans la résistance. À la suite d'une opération à laquelle il participe, il est arrêté, torturé, déporté en Allemagne. Il ne rentre au pays qu'en février 1946, où il épouse Marie. Il est aussitôt accusé de meurtre par un juge qui officiait déjà du temps de Pétain, et condamné à sept ans de prison.
1963 : Lucien, le fils de Jean, se fait traiter de fils d'assassin. Il se sauve du lycée et meurt pendant sa fugue.
Vingt-cinq ans plus tard, un ami de Lucien, journaliste, enquête sur la vie de Jean Ricouart et l'interroge, comme pour confirmer cette ultime phrase écrite par Lucien : "Mon père n'est pas un assassin."
La mort n'oublie personne : Quatrième de couverture
Le roman est constitué essentiellement d'une succession de récits du père, Jean Ricouart, qui relate ses souvenirs de résistant et de déporté. Le ton est juste, poignant, sans excès : les horreurs de la guerre et les bassesses des hommes sont livrées brutes, sans exagération, un peu comme une "prise de vues". Le tout sonne très vrai.
Déception, légère, sur la fin. Jean Ricouart, déjà complètement miné par la vie, apprend la vérité sur la mort de son fils. Il va se - ou le - venger, d'une façon qui s'apparente à une ultime jetée dans la gueule du loup. Très noir, peut-être trop sur cette fin : j'aurais aimé que le père finisse gagnant. Mais bon, pour gagner quoi ?
Un livre qui m'incite à en lire d'autres de l'auteur.